«Chaque situation de transmission d’entreprise est unique.»

Interview d’Adeline Nicolas-Brun, Conseillère généraliste Cerfrance Isère.

Vous êtes chef d’entreprise en Isère (38) et vous envisagez de passer la main ? Une transmission d’entreprise se passe d’autant mieux qu’elle est soigneusement préparée en amont.

Bien transmettre son entreprise ne va pas de soi : quel repreneur ? Quel mode d’emploi, quels points de vigilance ? Comment bien vendre son entreprise ou la céder à un membre de la famille ?

Pour vous guider, voici une interview d’Adeline Nicolas-Brun, conseillère généraliste au sein de Cerfrance Isère.

1- Quelles sont les bonnes questions à se poser en vue de la transmission de son entreprise ?

Adeline Nicolas-Brun : « Accompagnant régulièrement des chefs d’entreprise en Isère dans la transmission de leur entreprise, j’identifie 4 questions à se poser le plus tôt possible dans la réflexion :

  1. « Suis-je prêt ? À quoi va ressembler ma vie quotidienne après la transmission ? »


    Cela va peut-être vous étonner mais, à la lueur de mon expérience, je constate que se demander si on est prêt est loin d’être facultatif…

    Ce qui se joue dans une transmission d’entreprise est généralement loin d’être anodin pour le cédant : il quitte définitivement une entreprise, une activité parfois portée toute sa vie, il opère un changement de vie (un départ à la retraite, une reconversion).

    J’ai déjà eu l’occasion de voir des dossiers de transmission très avancés, voire signés, avec le cédant qui fait finalement marche arrière au dernier moment…

  2. « En-ai-je bien parlé autour de moi et ai-je identifié un repreneur ? »


    Ceci inclut notamment de faire le tour de l’entourage et de réinterroger ses propres évidences. Je vois régulièrement des cédants convaincus qu’aucun de leurs proches n’est intéressé à la reprise, se basant sur des discussions passées.

    Or, le vécu et les projets des proches font que leur avis a pu largement évoluer. Le repreneur est parfois beaucoup plus proche que ce que l’on imagine.

  3. « Quels vont être mes revenus après la transmission de mon entreprise ? »


    J’évoque toujours une règle d’or en la matière : ne pas subir. Cela passe par le fait d’anticiper.

    Dès que le cédant se sent mûr dans sa décision, je conseille de faire des projections concernant le futur revenu. Ceci a bien sûr un impact direct sur les modalités de transmission qui vont être retenues.

  4. « Qu’est-ce que je cède exactement ? »


    Est-ce que le chef d’entreprise cède la totalité de l’entreprise (l’outil de production, les bâtiments, la part sociale, l’habitation, le foncier) ? Ou alors est-ce qu’il en conserve une partie ?

    Par exemple, j’exerce près de Chatte (38160) sur un territoire comprenant de nombreuses exploitations agricoles. La question de la maison d’habitation, souvent proche des bâtiments professionnels, se pose souvent pour ce type de transmission.

2- Quel pourrait être le « calendrier idéal » pour bien se préparer et réussir sa transmission d’entreprise ?

Adeline Nicolas-Brun : « Il n’y a pas de calendrier idéal dans la mesure où chaque situation de transmission est unique. Pour moi, accompagner un dirigeant dans la transmission de son entreprise relève du cas par cas.

Toutefois, on distingue généralement 5 étapes communes à la plupart des situations :

  1. Se préparer
  2. Valoriser l’entreprise
  3. Rechercher un acquéreur
  4. Choisir les modalités de cession
  5. Négocier / conclure

On conseille généralement de commencer à réfléchir au projet entre 5 et 7 ans avant la transmission, voire parfois même 10 ans avant. La préparation en amont est clé : si elle est bien faite, les choses peuvent aller très vite ensuite. »

3- Quelles sont les différentes modalités de transmission d’entreprise possibles ?

Adeline Nicolas-Brun : « Les réponses apportées au questionnement mené lors de la phase de préparation vont déterminer les modalités de transmission :

  1. Est-on dans le cas d’une transmission d’entreprise à titre gratuit à un membre de la famille ?
  2. Est-ce qu’il s’agit de vendre son entreprise à un repreneur, par exemple un ancien salarié ? 
  3. Est-on sur une solution « hybride » avec cession de parts sociales mais conservation du foncier qui est alors loué pour assurer un complément de revenus ?
  4. Va-t-il y avoir un « tuilage » entre le cédant, ancien chef d’entreprise et le repreneur ? Cela peut tout à fait être inclus dans les modalités négociées entre les parties lors de la cession.

Selon le schéma choisi, les démarches ne seront, bien entendu, pas les mêmes. Dans tous les cas, il est très utile de se faire accompagner pour prendre les décisions les plus adaptées. »

4- Selon vous, quels sont les éventuels points de vigilance à prendre en compte lorsque l’on cède son entreprise ?

Adeline Nicolas-Brun : « J’en évoquerai trois :

  1. Bien s’entourer, savoir écouter, et ne pas forcément rester arrêté sur une idée préalable de modèle de transmission.
  2. Faire appel à des avis multidisciplinaires : pouvoir interroger plusieurs experts comme un notaire, un avocat, un conseiller juridique, un fiscaliste… tous voient la situation sous un angle particulier et complémentaire.
  3. Valoriser l’entreprise au plus juste : il existe de nombreuses méthodes pour le faire. L’accompagnement par un conseiller qui a l’habitude de ces sujets peut être particulièrement judicieux. »

5- Au vu de votre expérience, quels conseils donneriez-vous pour une transmission d’entreprise réussie ?

Adeline Nicolas-Brun : « Une transmission réussie est un équilibre entre le respect des objectifs du cédant, la pérennité de l’entreprise, le contexte règlementaire et la réalité économique. Plus on anticipe, plus on augmente les chances que les choses se passent bien. Et être bien accompagné peut, évidemment, apporter une aide précieuse. »

Interview réalisée le 17 avril 2020.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn

Articles Similaires

Diagnostic Carbone

Jeune Agriculteur, comment lancer sa démarche Label bas carbone ?

Le diagnostic Carbone, dispositif lié au Plan de Relance et géré par l’Ademe, est la porte d’entrée dans le Label Bas Carbone.

Il est financé à 90 % pour les agriculteurs installés depuis moins de 5 ans (entre la date d’affiliation MSA et la signature pour réalisation d’un bon diagnostic carbone).
Reste à charge 200 à 250 € pour le JA.

Nous contacter

Nous vous contactons rapidement pour échanger sur vos projets
  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

Conformément à la loi « Informatique et Libertés » du 6 janvier 1978 modifiée ainsi qu’au règlement général sur la protection des données (RGPD) applicable à partir du 25 mai 2018, vous bénéficiez d’un droit d’accès et de rectification aux informations qui vous concernent, que vous pouvez exercer par courrier en joignant un justificatif d’identité